Vico et Malebranche

L'ancien art de la mémoire et la science nouvelle de l'imagination. 2ème partie

James Barry, Jupiter et Junon sur le mont Ida, détail
James Barry, Jupiter et Junon sur le mont Ida, détail
28 FÉVR. 2017
par

Dans l'article précédent L'ancien art de la mémoire et la science nouvelle de l'imagination 1ère partie on est venu à la thèse selon laquelle la rhétorique avec Malebranche et Vico n'est pas perdue mais au contraire elle constitue une clé interprétative de l'esprit humaine (de l'homme devenue esclave du corps): c'est l'esprit humaine même à avoir une propre structure rhétorique et l' aristotélisme dès explication de la réalité devient l'exemple de comme le sens commune sa marche, il devient objet d'études par le psychologique chrétien qui a épuré avec la philosophie cartésienne tous les résidus de paganisme qui restait dans son bagage culturel et dans ses grilles interprétatives. [1]

La force de l'imagination détermine la structure de l'esprit païen et précède la raison dans la détermination des dynamiques de la pensée

Dans le techniques classiques de la mémoire tout ça est évident. Les mnémotechnique efficaces ne brouillent jamais le plan des images avec celui des significations abstraits. La signification ne doit pas se poser au dessus du symbole et le symbole de la chose à se souvenir ne doit jamais être logiquement abstrait et extrait de l'image qui le représente. La signification du souvenir doit être dans la symbole et ce-ci doit naitre naturellement de la chose imaginée. L'imagination vient avant la raison et elle en est complètement indépendante: on ne peut pas comprendre l'imagination si on en étude les produits en les brouillant et en les imprégnant d'abstraction; si comme on ne donne pas des mnémotechnique efficaces en interpolant règles abstraites qui forcent les pensée en s'opposant aux souvenir au couler de l'imagination.

Vico reprendra sous une différente forme la distinction de Malebranche entre esprit païen et esprit chrétien, en affranchissant complètement la deuxième de l'analyse philosophique de la première: dans La Scienza Nuova Vico décrit les sauvages qui pour premiers sortirent de leur condition bestiale et ils se donnèrent une pensée, un langage, ils s'organisèrent dans une société à travers la contemplation de la nature qui, dans ses éléments de splendeur et exceptionnels, comme l'orage, le vent, les tempêtes etc. réveilla en eux sentiments de peur et merveille qui ne débouchèrent pas directement dans une réponse instinctive (comme celle de aller se cacher ou trouver un abri) typique de l'animal, mais, au contraire, ils les retinrent (et arrêtant leur errer sauvage ils se bloquèrent dans la pensée leur idée de la divinité) à assister au spectacle comme s'ils faisaient face à un immense corps animé qui, avec les foudres et les tonnerres, voulait leur dire quelque chose. Les premiers sauvages à penser, ils pensèrent pas à eux même mais à la divinité (Jupiter) qu'ils imaginèrent être l'orage, le vent et en général chaque manifestation de la nature qui révèle la majesté le splendeur, la force et la puissance.

C'est pour ça que Vico les appelait “les poètes théologiens”, c'est-à-dire créateurs des mots (donc de langage et de pensée) à travers la religiosité. Le poète théologien a une conception solipsiste ignorante, la naissance de la pensée dans son esprit se produit à travers un jugé sur la nature qu'il se représente pour la première fois, avec la pensée de Jupiter. Il ne la reconnaît pas comme sa propre représentation, mais il la confond pour une identité vive, donc divine; la pensée autrement dite, nait en pensant à la nature comme quelque chose d'animée et donc tout ce qui bouge, qui avec son propre être démontre un caractère exceptionnel, devient animée, il devient une divinité. Mais au début, selon Vico, toutes les choses ne révèlent pas une divinité, mais LA divinité, étant donné que tout est la manifestation d'une seule entité parce que le primitif a une seule idée dans son esprit pour comprendre tout l'univers mené: Jupiter. Tout l'univers mené est une manifestation de Jupiter, et chaque manifestation de l'homme devient un tribut, une réponse au vouloir de Jupiter.

Donc la nature n'est pas poussée par une volonté, un entité qui est derrière et qui la fait bouger, mais c'est elle-même divine parce que la foudre et le tonnerre sont des phénomènes beaucoup plus puissantes de l'homme, la force de la nature a donc une valeur de puissance extrême, et c'est comme ça que une force naturelle à laquelle on ne peut pas s'opposer, extrêmement puissante, est retenue divine. Donc Jupiter ne bouge pas les choses, il n'est pas la cause de l'orage, il n'est pas distingué de la foudre qu'il lance, c'est Jupiter même à être foudre, vent, orage. La nuage est son corps, la foudre et le tonnerre son langage, le vent est son vouloir, et si un arbre bouge agité par le vent, le poète theologicien ne reconnaitra pas le vent et l'arbre, mais seulement une chose qui bouge et c'est elle-même Jupiter, pas seulement une ramification de la divinité, mais la divinité elle même dans sa révélation universelle. Il y a une identification totale de la fantaisie avec sa signification: le contenu (la pensée de la divinité) est tout dans la forme (l'image de la manifestation naturelle).

Vico s'oppose à la conception allégorique des mythes, il soutien que les mythes naissent comme une fantastique, et donc fausse, interprétation de la nature mené (esperita). Vico, autrement dit, coupe tout sorte de lien “réel” entre la manifestation physique (comme le cas de l'orage qui “réveille” la grosse bête de son errer sauvage) et le mythe que l'homme invente pour l'interpréter ; il coupe tous les liens “matériels” entre le corps et l'esprit (mythologique), pas seulement des liens comme les “simulacres” et les “fantômes” de la scolastique, mais aussi les associations abstraites établie pas l'allegorisme et par l'evemerisme.

Avant le mythe il n'existe pas la pensée, mais seulement l'instinct, on ne peut pas attribuer au mythe, aux images mythologiques, significations abstraites, différents et autres par rapport à ceux qu'elles sont à l'égard de la pure fantaisie, de la fantaisie sensible. La vérité du mythe n'est pas allégorique, elle ne peut pas être interprétée par analogie, à travers similitudes ou métaphores abstraites. Jupiter est sans doute la métaphore de l'orage, mais seulement parce que Jupiter est l'orage, même, le concept d'orage n'existe même pas dans l'esprit du poète theologicien, il existe seulement la pensée de Jupiter, une pensée composée par une image qui a signification seulement dans les émotions de celui qui la pense. Rien d'abstrait. Il en résulte que – si comme les images des mnémotechniques doivent avoir les caractères de la fantaisie, du caractère exceptionnel, de la majesté et elles ne doivent pas contenir des éléments abstraits- alors l'esprit primitif a crée sa pensée avec les éléments de la fantaisie sensible, sans la médiation de l'abstraction, mais avec les caractéristiques du caractère exceptionnel , de la majesté, et surtout de la peur.

L'esprit se structure selon l'ordre de l'imagination et cette-ci procède par “lieux” et “choses” à travers leur visualisation et association

L'imagination est l'espace mentale de la conscience. Dans l'art de la mémoire classique il y a trois éléments fondamentaux : le théâtre, le lieu et la chose. Le théâtre ne devait pas forcement être un “théâtre ”, mais tout simplement un ensemble structuré des lieux, donc une chambre, un parcours, un palais, une rue etc. le concept important à comprendre c'est que le théâtre est l'ordre de la pensée. En effet les souvenirs sont misérables et vagues quand il ne sont pas organisés.

Le théâtre est l'espace à l'intérieur duquel se trouvent les lieux, les endroits où placer les choses qui sont les gardiens des souvenirs. L'ordre et la structure des lieux détermine l'ordre et la structure des choses, c'est-à-dire les souvenirs. Les modalités avec lesquelles le mnemoniste fixe dans son esprit les souvenirs sont semblables, ou, au moins partiellement assimilables, aux dynamiques avec lesquelles les anciens se donnèrent une pensée à travers le mythe, dynamique exposées par Vico dans La Scienza Nuova et les associations d'idées comme les a étudiées Malebranche dans La Recherche : images avec un fort impact émouvant, fantaisies exagérées perçues comme réelles (qui dans l'homme primitif se identifient dans le sens où de réel il y a seulement sa fantaisie mythologique), le devenir même de l'imagination comme “lieu” où se disposent les pensées, forte implication émouvante etc. Mais encore plus intéressant c'est noter comme la hiérarchie des idées dans l'esprit païen reflète l'ordre mental qui le mnemoniste se donne.

Dans La Scienza Nuova on peut noter que le premier lieu de la pensée, la première topique, a été la nature même, mais pas comme concrète expérience de la nature physique, mais comme théâtre de ses propres passions et fantaisies pas du tout intellectualisées. Dans l'art de la mémoire classique nous aurions pu appeler un mythe si défini comme une ou un ensemble de “imagines agentes” c'est-à-dire des images qui agissent et qui se gravent dans la mémoire à cause de leur force fantastique et pour l'action qu'ils accomplissent.

C'est avec sa naissance que l'humanité primitive répond au mot de la divinité, premièrement en s'arrentant dans un lieu, et après en commençant à agir socialement, en se regroupant en familles, tribus, en structurant des cérémonies et des rites, en levant la terre à la foret et en commençant à la cultiver sous les auspices du Ciel. C'est en comprenant l'acte de divinité dans chaque démonstration de la nature ( et seulement ça, pas la nature et elle-même, qui c'est un concept abstrait des hommes modernes qui peuvent distinguer le concept de nature et ceux de divinité) que la pensée aussi commencera à se différer et toutes les choses qui étaient manifestation d'une seule divinité, deviendront une substance à part, une divinité qui agit en manière autonome. On passera donc d'un monothéisme originel («Iovis omnia plena») à un polythéisme dérivé : Junon sera donc le mariage, Hercule représentera le travail du héros (le poète theologicien qui agit selon le vouloir divin) dans la conquête de la forêt, les travaux dans les champs etc.

C'est avec le mythe donc que l'esprit humaine se crée et se structure et il diversifie ses propres procédures de fonctionnement et ses propres contenus de pensée. L'esprit païen crée son propre espace de pensée à travers le mythe, une géographie poétique et, finalement une topique poétique, une logique des lieux mentales. Ce qu'au début était un théâtre de l'imagination composé par un seul lieux et par une seule “imago agens”, il va de plus en plus se diversifier et se structurer en manière complexe et c'est à ce point, et seulement ici, que en se multipliant les images et les liens entre elles commencera l'œuvre qui abstraie l'esprit humaine. Les mythes, autrement dit, sont “imagines agentes” et ils remplissent à l'intérieur de l'esprit païen la même fonction des choses et des lieux dans les théâtres de la mémoire dans la rhétorique classique.

À propos de ces arguments il y a encore beaucoup des choses à dire et ici, je le répète, j'ai fait seulement une très brève allusion; la thèse qui est à la base de tout ça c'est que la pensée païenne comme les stratégies du mnemoniste réfléchissent la même forme de pensée, une pensée fantastique mais, comme les rhéteurs, Vico et Malebranche savent bien ( chacun avec ses propres intérêts, avec de différents objectifs, et souvent en opposition entre eux) une pensée naturelle: un solipsisme du sens commun, ignorant dans l'âme du primitif et de l'homme qui s'abandonne au sens commun et duquel aristotélicien a fait science en restant prisonnier, solipsisme enfin, au moins en partie consciente dans le mnemoniste.

Notes:
[1] Cet article et le précédent sont un résumé du rapport présenté au colloque international The power of imagination in the 16th-18th Centuries, 6-8 December 2010, Paris/Versailles.