Les funérailles de la famille royale

Les rituels funéraires du Sakalava, le groupe ethnique le plus important à Madagascar

Les porteurs de fusils, de sagaies, les effets personnels et les ustensiles ayant appartenu aux rois
Les porteurs de fusils, de sagaies, les effets personnels et les ustensiles ayant appartenu aux rois
2 JUIN 2016
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Les funérailles de la famille royale revêtent chez les Sakalava un caractère particulier. En général, la durée des funérailles est de plus de trente jours. Et durant toute la période de deuil appelée Fanompoagna mafana, les Sakalava devraient obligatoirement respecter toutes sortes des interdits ou fady (les femmes avec des cheveux tressés et portent de Salovagna et kisaly mais sans chemise, pourtant les hommes habillent avec des kitamby et sans chemise aussi ; tous les Sakalava ne portent pas des chaussures et dorment obligatoirement sur une natte et surtout interdit de dormir sur un lit durant le deuil royal).

Lorsque le roi semble très proche de la mort, il faut le transporter hors de son palais royal (Zombavelona), de crainte qu’il n’y trouve la mort. Lorsque le roi Sakalava est mort, on dit que la terre est brisée (Folaka ny tany). Il appartient alors aux Sambarivo, clan chargé d’effectuer tous les travaux dans les Mahabo (tombeaux royaux), ainsi qu’aux Marovavy d’annoncer le décès à tout le monde. Le Manantany (Ministre de l’intérieur) et les Rangahy (conseillers royaux) rangent l’assistance dans la cour à l’ouest de la maison ou se trouve le corps du défunt. Durant plus d’une heure, chacun se prosterne, face contre terre, pour verser des larmes et pousser des cris de lamentations.

Dès la mort du roi, l’or est introduit dans sa bouche. Cette dernière est ensuite bandée avec une lanière de soie. Les orteils et les pouces sont attachés par des lanières de dalahany (étoffe riche et importée). Le corps devrait être lavé et enduit de miel; le bout d’un doigt de la main droite et une mèche de cheveux sont coupées pour être conservées comme reliques et le corps devrait être enveloppé d’un tissu blanc. Apres le bain de purification ; il faut envelopper le corps du défunt dans des tissus de soie appelées sobahia ou dalahany.

Apres, il faut choisir ensuite un zébu bien gras, et on le tue puis on le dépouille soigneusement de sa peau afin de rouler le corps mortuaire dans cette peau de zébu, que l’on coud solidement. Une ouverture est toutefois prévue afin de laisser s’écouler le pus (nana) appelé exceptionnellement lait, issus de la putréfaction. Durant plusieurs semaines on assure un renouvellement hebdomadaire de la peau de zébu et des tissus de soie qui enveloppent le corps du défunt.

Apres usage la peau de zébu et les tissus de soie sont jetées à la mer ou enterrées ans un endroit interdit étant considéré comme sacré. L’encens (emboko), brule et parfume de façon permanente. Durant toute la période de deuil, le bruit des hazolahy ou magnandria ne cessent de sonner jour et nuit. Pourtant les femmes pratiquent une danse sacrée réservée spécialement aux funérailles royales, une mélopée propre aux funerailles royales, et les hommes, entament la préparation du tombeau royal devraient être accompagner des chants érotiques avec battement des mains bien rythmés.

La viande des bovidés sacrifiés revient exclusivement aux personnes qui s’occupent de la dépouille royale (Sakalava Djingo). Pendant tout le temps des funérailles, les Sambarivo battent sans interruption les Hazolahy ou Magnandria et jouent des Antsiva. Le cercueil est confié aux charpentiers les plus habiles et sa fabrication a été effectuée tous les jours, hormis mardis, jeudis et dimanches qui sont des jours néfastes pour les Sakalava. Le cercueil est creusé dans un tronc de sohihy (arbre très dur) dont l’usage est exclusivement réservé aux funérailles royales. Les charpentiers et chanteurs mettent plusieurs semaines pour le creuser.

Le rôle et l`intervention des divers clans Sakalava au cours des funérailles royales

Lorsque les ossements du roi défunt sont purifiés de toute trace de chair, on doit procéder à lensevelissement. La célébration du rituel dinversion se déploie ici dans toute sa splendeur ; tout est permis, et point de sanction ni immédiates, pas même ultérieures. Avant d’envelopper le cadavre dans un linceul, il faut prendre soin de le parsemer de bijoux, de pièces dor et dargent, sans oublier les parfums de haute qualité, en un mot tous les effets personnels du roi défunt. On entoure ensuite le cadavre dun nombre variable de sobahia et de dalahany (pièce de soie). Enfin, il faut déposer la dépouille sacrée dans le cercueil. Tous les princes de la famille du défunt se doivent dassister à la cérémonie de la mise en bière.

Avant la fermeture du cercueil, il a eu lieu le mosarafa qui consistait en une distribution d`étoffe blanche aux principaux chefs de clan Sakalava, sorte de cadeau fait par le mort lui-même, ou en son souvenir. Jour et nuit, les manandria et les antsiva ne cessent de retentir. La sépulture doit avoir lieu le vendredi soir et la nuit précédente, ils ont déjà creusé la fosse. Cette activité aussi porte une dénomination propre réservée aux rois défunts: on dit alors mamaky lanitry, creuser ou perforer le ciel. La tombe a environ 2,30 mètres de long, 1,50 mètre de large et 2,50 mètres de profondeur. A la tombée de la nuit, on allume de gros cierges fabriqués à partir du suif des bœufs sacrifiés.

Au terme du fanompoagna mafana c’est-à-dire après l’enterrement, chacun rentre chez soi. Mais auparavant, la prise dun bain collectif et purification reste obligatoire. Durant une semaine encore, après les obseques de LAmpanjaka (ROI), les sujets sabstiennent encore de danser, de chanter et dorganiser de grandes fêtes. Quant aux activités professionnelles, enfin, elles peuvent normalement reprendre.

La famille royale quand elle est morte, est considéré comme Mihilagna, c’est-à-dire dans un instant elle reviendra par le biais de son esprit sur une personne possédée, donc par le truchement du possédé ou medium, elle peut parler et discuter avec les vivants que l’on appelle Tromba. L’enterrement est fait à Mahabo, surtout pendant la nuit et non pas pendant le jour. Il existe trois Mahabo à Nosy-Be (Mahabo Manongarivo ; Mahabo Ambalarafia et Mahabo Mitsinjoarivo) et il y a un évènementiel culturel et traditionnel au moins une fois par an à chaque Mahabo de Nosy-Be dont mois de juillet à Mahabo Manongarivo ; mois d’aout à Mahabo Mitsinjoarivo et mois de septembre à Mahabo Ambalarafia.